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Le 2 juin 2005

Tiens, enfin un vote utile...

Référendum par-ci, référendum par-là : un intense remue-ménage médiatique agite les têtes pensantes autour des référendums européens, intense certes, mais finalement pas plus intense qu’à l’accoutumé dans ce genre de grand cirque électoral dont on sait toujours nous abreuver jusqu’à plus-soif lorsque nos chers - et même coûteux - élus nécessitent la reconduction pour eux malheureusement nécessaire de leurs mandats-gagne-pain. Les tristes clowns.

Les Français ont dit merde au projet européen, ce qui ne signifie absolument rien puisque ce suffrage constituait plus que tout autre une remarquable, une considérable, une phénoménale escroquerie (voir l’article précédent d’ATO, le 12 mai : « Concours d’applaudissement » ). Le résultat bien prévu est arrivé, comme de bien entendu : la carte politique se redessine, les ambitions personnelles - déçues ou satisfaites - s’affichent ou agissent en silence, on prépare ou on défait les présidentielles de 2007, bref, tout un cirque de carrières politiques qui ne nous concerne plus du tout à présent que l’électeur a fait ce qu’on lui a dit de faire, c’est-à-dire voter. C’est chose faite, maintenant il n’a plus qu’à fermer sa gueule et repartir bosser en silence. Les élus s’occupent du reste, comme chaque fois, c’est-à-dire de l’objectif réel des élections qui ne servent à rien d’autre qu’à se partager la grande vie sur le dos des cons qui votent en y croyant.

Pendant ce temps, outre-Belgique, les Néerlandais viennent d’ajouter leur écho à cet insipide cirque, dans un contexte très légèrement différent sur la forme mais tellement peu sur le fond. Pour les fascistes ou assimilés - déclarés ou honteux - de la liste de feu (hé hé) Pim Fortuyn ou d’autres factions nazies telles que le CP, il s’agissait de prévenir un prétendu déferlement turc sur la batavie. Pour la « gauche de gauche » - comprenne qui peut dans un contexte politique où même la gauche est de droite, un peu comme la gôche française - il s’agissait de s’exprimer contre la politique antisociale du gouvernement de Balkenende d’une part et de Bruxelles d’autre part. Enfin, pour tous les autres, c’est-à-dire la grande foule des « sans opinion » ou « apolitiques », en un mot les téléspectateurs-consommateurs (l’apolitisme, je le rappelle, signifie n’avoir aucune idée précise sur ceux qui gèrent notre existence, ce qui est grosso modo la définition du poireau ou du navet), il s’agissait de râler un peu dans l’espoir de défendre leur porte-monnaie, le Néerlandais payant plus de taxes et de coûts de la vie pour l’Europe que les autres Européens, ceci afin d’espérer pouvoir consommer encore davantage de conneries inutiles lors du shopping du prochain week-end.

Bref, en chiraquie comme au neverland, des référendums pas bien palpitants, avouons-le. Et pourtant, quelle surprise...

Quelle surprise, en effet, lorsque je reçus la carte m’invitant à aller voter au susdit référendum néerlandais sur la constitution machin. Je m’apprêtais à déchirer convenablement ce dérisoire appel à la légitimation de tous ces parasites qui me gouvernent malgré moi, de la même manière que j’avais poubellisé une semaine plus tôt, avec un plaisir toutefois mêlé d’un certain agacement, l’invitation du Consulat d’Amsterdam à soutenir de la même façon les parasites français, lorsque je m’aperçus que l’enveloppe contenait, non pas une, mais deux cartes. Il faut vous dire qu’aux Pays-Bas, on ne possède pas de carte d’électeur attitrée : on en reçoit chaque fois une nouvelle, nominative, pour l’élection concernée. Or, saperlipopette de bordel de merde, voilà-t-y pas vingt dieux que l’enveloppe comporte deux cartes... Ca alors... ! Je jette un oeil, prudemment... Pas d’erreur, c’est bien mon nom, il y a deux référendums : l’un portant sur leur susdite constitution et l’autre sur une toute nouvelle loi qui envisage, figurez-vous, l’ouverture de tous les magasins chaque dimanche. Authentique et très sérieux. Les pouvoirs publics hollandais se sont dit que, quitte à faire déplacer les foules, autant grouper. Pourquoi pas, en effet.

Et voilà qui m’a semblé très intéressant, pour une fois. Et ô combien plus passionnant. Je me suis senti tout concerné, au point que je suis allé voter. Parfaitement. Eh bien entendu j’ai dit non à ce projet d’ultra-libéralisation du commerce, cet innommable projet foireux qui forcerait tous les petits commerçants à bosser désormais sept jours sur sept pour espérer survivre dans un univers déshumanisé et géré par le monopole des grandes surfaces, n’en déplaise à tous les blaireaux qui se réjouissent déjà de meubler leurs mornes dimanches à re-re-re-refaire du shopping pour mieux acheter mille conneries en plastique non-recyclable qui engorgeront tous les dépotoirs de la planète, au lieu d’aller se promener en forêt et de permettre à leurs gosses perclus citadins d’enfin respirer autre chose que du monoxyde de carbone. Cet exécrable projet, en outre, ne détériorerait pas seulement à moyen terme les conditions de vie d’une foule de gens qui n’ont déjà plus ni retraite ni sécurité sociale : il modifierait de manière définitive le visage des villes. Plus jamais de repos ni de rues enfin un peu plus tranquilles où les oiseaux peuvent se poser une seconde sans avoir à se soucier des cons qui passent... Une « animation » permanente dans un monde où déjà les cons bovins trouvent très joli d’éclairer leur jardin toute la nuit - ma rue en est pleine et c’est un véritable scandale - avec la toute dernière lampe de jardin acquise au shopping du samedi, sans penser qu’ils détruisent ainsi toute une faune d’insectes nocturnes et de petits animaux qui ne connaissent plus jamais le repos et qui sont condamnés à terme... Avec tous les déséquilibres écologiques que cela signifie - mais ne vous inquiétez pas : lorsque ces bovins seront emmerdés par trop de moustiques, ils ne songeront pas à modifier leur mode de vie : ils achèteront un peu plus d’insecticides et pollueront encore un peu plus l’air, voilà tout...
Ce projet entraînerait en outre une pollution galopante et une surconsommation d’électricité... Bref, il ferait des grandes cités un univers absolument bondé, pollué et invivable qui nous userait encore plus vite - pour mieux économiser sur les retraites - un peu comme le monde du film « Brazil » de Terry Gillian, je ne sais pas si vous voyez... Et si vous ne voyez pas, patientez : vous le verrez peut-être bientôt, en grandeur « nature » si je puis dire. En attendant, ne vous marrez pas : ce qui arrive au neverland a lieu en chiraquie généralement 5 à 10 ans plus tard, comme la privatisation des retraites et de la sécu...

J’ai donc voté et j’ai dit non. Pourtant, je ne m’en suis pas senti particulièrement plus important pour autant. C’est curieux non ? En attendant, aucun résultat n’a encore été indiqué sur ce référendum-là, pourtant beaucoup plus passionnant que l’autre bêtise. Comme d’ailleurs il n’a bien entendu fait l’objet d’aucune médiatisation.

Je suis très curieux du résultat, encore que je n’espère pas grand-chose du choix de tous mes chers concitoyens consommateurs, lesquels sont absolument, incontournablement et désespérément innombrables.
Urban Blight